D. Riot : les eurocrates ont souvent moins de défauts que nos technocrates régionaux ou nationaux, tu sais... Ils ne méritent pas les procès qu'ont leur fait. Ils gomment une partie des défauts hérités des habitudes nationales en frottant leurs cervelles à celles venues d'autres horizons. Ils sont d'ailleurs plus accessibles et plus ouverts que leurs homologues héxagonaux.
T. Ungerer : Jen doute pas. L'Europe réussit si les cervelles se frottent les unes aux autres. Nous en revenons à ce que nous disions sur le respect des diversités. Il ne s'agit d'imposer à tous et en tout le même modèle. Mais il s'agit de se donner des règles communes simples et claires. Ce respect des diversités n'a pas pu être le ciment de la création de la France. Je comprend que les jacobins m'auraient depuis longtemps guillotiné.
D. Riot : ...La mode est au négativisme : le mal-être, le mal à l'âme. On se gâche le présent par une angoisse du futur qui se nourrit de la nostalgie assez vague d'un âge d'or imaginaire.
T. Ungerer : Je ne sais pas si cela n'est pas plus Français qu'Européen. Les Anglo-Saxons ne sont pas ainsi, même si le spleen est anglais. Les vrais latins non plus, même s'ils ont tous une forme de blues - la saudade, disent les portugais. C'est très compliqué l'Europe. C'est d'ailleurs parce qu'elle est complexe que l'Europe est attachante, intéressante, passionnante.
D. Riot : Cette complexité est d'ailleurs inscrite dans son buletin de naissance. Dans les origines même du mot EUROPE. L'une plonge dans le sémétique pré-grec : EREB. L'Ereb c'est l'obscurité, cette obscurité lui rapprocherait l'Europe de la tombée du jour, c'est-à-dire l'Orient.
L'autre, c'est, en grec toujours, EURYOPA : l'Europe c'est celle qui voit au loin ou celle dont la voix porte au loin, au-delà d'elle-même...
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